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Souvenir du 8 décembre

In Choses vécues on 8 décembre 2009 at 4:50

À pareille date, il y a dix ans exactement, je me retrouvais en escale à Lourdes, au pied des Pyrénées françaises, avec l’espoir de gagner les montagnes le lendemain. S’étant foulé la cheville, ma compagne de voyage avait décidé de regagner le Canada prématurément, et je  me retrouvais seule dans mon grand rêve des Pyrénées, né de mon amour d’enfance pour le dessin animé Belle et Sébastien.

Il a fallu que ce soit cette journée-là. Celle-là précisément. Comment est-il possible d’arriver par hasard à Lourdes un 8 décembre? À quiconque habitant ou visitant l’endroit, l’hypothèse de la coïncidence est d’avance écartée. J’ai cherché asile auprès des communautés religieuses, grâce à un Québécois rencontré à la gare et heureux de pouvoir entendre mon accent familier. Je n’ai pas tout de suite remarqué les longues queues d’autobus débordant de touristes. Je n’ai pas tout de suite compris ce qui se cachait derrière l’insistance de la sœur – devant qui je devais absolument me soumettre à un interrogatoire pour pouvoir avoir une chambre – qui me répétait sans arrêt que je pouvais d’abord aller voir la grotte si je voulais… Et moi de répondre que ce n’était pas nécessaire, du moins pas tout de suite… Quand on m’a finalement accompagnée à la grotte, au beau milieu de la foule compacte et exaltée, j’ai compris. Je me suis souvenu de ce que j’avais appris à 8 ans : le 8 décembre est le jour de l’Immaculée Conception, le jour où la Vierge Marie est apparue à Bernadette, dans cette grotte… « Oh merde… » que je me suis dit. Il fallait que je me reprenne auprès de la sœur…

J’ai passé un séjour horrible à Lourdes. Les Jésus et les Vierge Marie phosphorescents, les chapelets en plastique, les porte-clés aux images saintes de mauvaise qualité, et tout le reste – la marchandisation de la religion, rien de sacré, je le jure – n’ont pas réussi à veiller sur mon sommeil. Dans une chambre glaciale, avec un début de bronchite, une toux persistante et beaucoup d’angoisse, je n’avais même pas la force de lire la petite bible à côté de mon lit.

Insomnie

In Choses lues on 1 décembre 2009 at 3:04

2h47 du matin. Travail à remettre à 8h30, c’est-à-dire dans quelques heures. Le travail est terminé, imprimé, prêt à remettre. Mais moi je ne dors pas. Je n’y arrive pas. Je ne sais pas pourquoi l’insomnie me rattrape depuis quelque temps. Ça faisait très longtemps que nous nous étions rencontrées aussi souvent en aussi peu de temps.

Puisque le thème de cette nuit est l’insomnie, je vous partage ce très beau passage d’un de mes livres-cultes, qui me revient parfois en tête lorsque je ne m’endors pas :

Qu’est notre insomnie, sinon l’obstination maniaque de notre intelligence à manufacturer des pensées, des suites de raisonnements, des syllogismes et des définitions bien à elle, son refus d’abdiquer en faveur de la divine stupidité des yeux clos ou de la sage folie des songes? L’homme qui ne dort pas (…) se refuse plus ou moins consciemment à faire confiance au flot des choses.”

(Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien)

Nouvelle

In Nouvelles on 28 novembre 2009 at 4:07

J’essayais encore un peu de ne pas trop être déçue de la défaite de Federer contre Davydenko au Masters de Londres, tout en tentant de rester le plus zen possible dans ma fin de session, quand, en revenant de chez une amie, j’ai entendu à la radio, dans la voiture, la nouvelle: Gilles Carle est mort. Qui est Gilles Carle? Je ne suis pas la mieux placée pour vous parler de son oeuvre, dont je ne connais encore à peine que quelques fragments épars: deux ou trois films, des poèmes mis en chanson, un dessin de sa muse bien en vue sur le mur de mon salon… C’est drôle, au bout du compte, j’ai l’impression de connaître surtout Gilles Carle à travers l’amour que lui porte sa compagne, Chloé Sainte-Marie, ses luttes, son dévouement pour lui, sa passion, son acharnement… Cette femme est pour moi une des plus belles. L’annonce de la mort du cinéaste, qui survient quelques jours à peine après l’inauguration de la maison Gilles-Carle, me touche beaucoup, si je pense surtout au trou qu’elle laissera dans le coeur et la vie de son amoureuse. Je me souviens, il y a déjà sept ou huit ans, je travaillais dans un marché de fruits et légumes quand une vanne rouge (il me semble qu’elle était rouge) s’est arrêtée dans la rue. J’en ai vu sortir Chloé Sainte-Marie, la reconnaissant mais sans savoir encore qui elle était vraiment (c’était avant de l’entendre chanter…). Gilles Carle était avec elle. Depuis, toutes les fois où je l’ai vue en spectacle (sauf peut-être la dernière fois, il y a trois ou quatre mois), il était là, quelque part dans la salle, à recevoir le spectacle lui étant dédié. Maintenant, il n’y sera plus. La mort fait son oeuvre, la vie doit continuer la sienne, ainsi est-ce depuis toujours.